Fluorescente, XXL, bio, à sensation «chaude», parfumée, voire à tête de Calimero... Hors quelques avancées gadgets et de mini-améliorations techniques, la capote a peu changé durant ces cinquante dernières années. Toujours ce bon vieux préservatif en latex qu’on déplie en pincant le réservoir. Et ça, ça n’a pas échappé à Bill et Melinda Gates. En mars, les milliardaires, à travers leur fondation philanthropique, ont lancé un ap- pel à qui inventera la capote du futur. «Nous recherchons un pré- servatif nouvelle génération qui augmente significativement le plaisir afin d’améliorer son adop- tion et son utilisation régulière», expliquent-ils. La réputation de «coupe plaisir» de la capote, aussi bien féminine que mascu- line, a la dent dure. «L’un des plus grands freins à l’utilisation du préservatif masculin est le manque de sensations perçues par l’utilisateur», écrit la fondation. «Est-il possible de développer un produit sans ce problème ou, encore mieux, qui permettrait d’augmenter le plaisir?» deman- de-t-elle, persuadée qu’un tel produit serait une avancée pour la santé mondiale, «tant pour ré- duire les grossesses non désirées, que pour la prévention des IST

Objectif capote

Souhaitant mobiliser le plus possible de disciplines scientifi- ques différentes, le couple de milliardaires regrette que les dernières évolutions scientifi- ques, notamment dans le do- maine de la neurobiologie, ne soient pas utilisées pour un produit aussi mondialement nécessaire. Ainsi, Melinda et Bill Gates offrent 100 000 dollars (78 000 euros) aux projets les plus innovants. Si l’initiative a le mérite de faire parler du pré- servatif et, par extension, des questions de prévention, pas certain que cette somme soitsuffisante pour révolutionner ce petit objet. «On reçoit environ un projet de prototype par an, expli- que ainsi Jean-Marc Bloch, di- recteur marketing et communi- cation chez Manix, deuxième producteur de capotes au monde. Des concepts, il en existe plein. Mais s’il y a beaucoup d’idées originales, il faut d’abord qu’elles répondent à des impéra- tifs de sécurité et peu peuvent se concrétiser car cela demande un investissement colossal.»
Entre certains produits déjà sur le marché, des pistes sur de nou- velles matières et des projets complètement loufoques, la ca- pote du futur se dessine.

BIEN SOUS TOUS RAPPORTS

Parmi les premières entreprises encouragées par la fondation Gates figure une petite boîte américaine, Origami Condoms. Leur originalité tient en plu- sieurs points. En premier lieu, oublier le latex et préférer la sili- cone, pour que cela soit plus agréable, mais aussi plus solide. Danny Resnic, son fondateur, a été contaminé par le sida après une rupture de capote, d’où son engagement pour améliorer ce produit. En second, lubrifier le préservatif de l’intérieur pour «imiter le mieux possible la sensa- tion du sexe sans protection», ex- plique-t-il. Enfin, penser des préservatifs pour chaque type de rapports sexuels. La version masculine pour coït vaginal res- semble à un accordéon et paraît, selon la vidéo de présentation, bien plus pratique et rapide à en- filer (on n’a malheureusement pas pu encore tester). La version féminine est garantie pour une solidité et une sécurité à toute épreuve (mais ne semble pas très discrète), et surtout, Origami propose une capote pour sodo- mie, qui fait penser à un «plug anal», arrondi au bout et plus fin ensuite. «Il est logique que la forme de la capote soit spécifique selon le rapport sexuel», affirme Danny Resnic. Pour faire aboutir ce projet, il a lancé une levée de fonds sur le site Indiegogo, et es- père lancer ses produits sur le marché américain début 2015 et arriver dans la foulée en Europe.

DE TOUTES LES MATIÈRES

Depuis les premières vessies de porc, la capote s’est délestée de quelques microns (0,001 milli- mètre). Jusqu’à devenir «deux fois plus fine qu’un cheveu» (Du- rex Feeling Advanced) ou attein- dre les 39 microns pour le Manix Zéro. Est-ce que l’argent de Bill Gates permettra aux capotiers de grappiller quelques microns ? «Nous devons avant tout garantir un niveau de fiabilité : pour continuer à descendre en épaisseur, nous devons trouver d’autres ma- tières, plus ré-
sistantes et aussi élastiques que le latex et qui restituent au mieux les sensations», explique Jean-Marc Bloch, directeur marketing et communication de chez Manix. Des écailles de tortue en passant par le papier de soie huilé ou le caoutchouc, la capote en a déjà vu de toutes les matières. Si le latex est encore majoritaire, le polyisoprène, souple et incassa- ble, fait peu à peu son trou sur le marché de la capote, en conve- nant aux allergiques.
Si le top secret sur les matières du futur est d’usage chez les fa- bricants, la Fondation Bill-et- Melinda-Gates a déjà repéré le préservatif à base de nanotissus conçu par l’Université de Washington. Les chercheurs planchent sur ces minuscules fibres qui pourraient se dissou- dre dans le vagin et libérer des agents spermicides ou micro- bicides.

DU SUR­MESURE POUR TOUS

Objectif : coller au plus près de tous les pénis. Chez Manix, d’une coupe droite, les préser- vatifs sont passés à une coupe plus évasée. Depuis une ving- taine d’années, les hommes op- pressés, comprimés ont leur «King Size». «Avant les garçons n’avaient qu’une seule taille», ex- pose Marc Pointel, autoproclamé Roi de la capote qu’il vend en li- gne. «Aujourd’hui, les hommes peuvent trouver un préservatif vraiment à leur taille.» La marque américaine TheyFit propose no- tamment 95 tailles de capotes différentes ! Mais comment diantre connaître sa taille de kiki ? En téléchargeant un gaba- rit sur Internet, puis en plaçant sa verge en érection dessus, avant de l’enrouler dedans pour obtenir ses mensurations (lon- gueur et diamètre). Des Géo Trouvetou parviendront-ils à élaborer un costume sur-me- sure, pile à la taille du pénis ? L’allemand Jan Vinzenz Krause avait présenté en 2007 un proto- type de préservatif en spray. Une boîte dans laquelle le phallus se retrouvait aspergé de latex li- quide qui mettait plusieurs mi- nutes à sécher. Le projet a ca- poté : l’aspect do it yourself n’était pas assez sûr, «et puis en attendant que le latex sèche, on avait le temps de perdre son érec- tion», estime Marc Pointel.
BIEN S’APPLIQUER
L’un des problèmes, c’est de l’enfiler rapidement, nous som- mes bien d’accord. Un concep- teur amateur d’arbalètes, l’alle- mand Jörg Sprave a créé le «Condom Applicator Slingshot Gun» qu’il présente en anglais dans une vidéo postée sur You- Tube. Avec un petit rire inquié- tant, il montre comment insérer le préservatif dans cette arbalète un peu particulière, puis, d’un coup sec, le mettre sur un gode pour le tester. Et, ça marche, même si la violence du jet fait un petit peu peur. Comme il le re- connaît lui-même, ce n’est pas encore tout à fait au point et il lui faudrait des fonds de la fonda- tion Gates pour améliorer son projet. Pas certain qu’il les ob- tienne.
Plus simple, il existe des préser- vatifs traditionnels avec applica- teurs languettes (la marque Pronto notamment). Sur Inter- net, on trouve aussi de nom- breuses vidéos donnant des con- seils pour enfiler une capote sans problème. Mais le plus sou- vent, c’est sur des bananes ou des courgettes qu’elles sont tes- tées. Allez savoir pourquoi...

BYE­ BYE CONDOM ?

La capote idéale ? Celle qui protégerait contre le VIH-sida et les autres infections sexuellement transmissibles bien sûr mais aussi contraceptive. On peut continuer à rêver en l’imaginant «invisible», applicable aussi bien sur les hommes que sur les femmes et qui ne nécessiterait pas de s’interrompre en pleine action. En bref, la capote idéale c’est celle qui sait se faire oublier, voire qui n’existe pas. Au lieu du traditionnel bout de latex, on peut imaginer un mé- dicament, une injection men- suelle, un anneau vaginal ou un gel qui remplaceraient la bar- rière mécanique du préservatif par celle chimique, des médocs. «Ce n’est pas de la science-fic- tion», assure François Dabis, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université de Bordeaux. «Des chercheurs et des laboratoires pharmaceutiques tra- vaillent sur de tels produits.» Pas de hip hip hip hourra, ni de relâ- che sur la capote pour autant : les solutions sont loin d’être prê- tes. Des microbicides à usage vaginal contenant des molécules antirétrovirales (les mêmes que celles utilisées dans les traite- ments contre le VIH) ont été éla- borés et testés mais avec un suc- cès très relatif. Depuis la recherche patine un peu. Le bon vieux condom à encore de beaux jours devant lui. 

Un article de "libé"